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Récit inédit

 
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Djinny
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MessagePosté le: Sam 24 Fév 2007 - 22:05    Sujet du message: Récit inédit Répondre en citant

Bonsoir tout le monde!
Voici mon projet: j'ai écrit - c'est un inédit - un courte nouvelle policière.
Toutefois j'ignore si cela vous sera agréable de la lire et, cas échéant, si je suis à la bonne place?
je vous la propose ci-dessous. Cependant, si les responsables jugent
qu'elle n'a rien a faire ici, pas de problème, il suffira de la supprimer.
A vous de juger. Merci


Fleur Mail réponse Fleur


Le jeu d'Emy Leurot


Georges Leurot contemple, ahuri, le commissaire Pierre Debrot et son adjoint le lieutenant René Privat.
Il y a quelques heures à peine qu’il a tué sa maîtresse de telle sorte que n’importe qui doit conclure à un accident. Et là, tout de suite, en arrivant chez lui, il trouve la police qui l’attend afin de lui signifier son inculpation pour le meurtre de... sa femme !
A peine entré dans l’appartement, on lui demande son nom. Il répond machinalement. Puis une question suit, qu’il n’assimile pas très bien. Ensuite, il y a cette phrase, ces mots qui, précisément le laissent hébété : - Je vous arrête pour le meurtre de votre épouse Emilienne Leurot, perpétré aux environs de midi, au domicile de Me Barotto, actuellement à l’étranger.
Montrant alors le cahier orange qu’il tient, Debrot ajoute : - J’ai ici, consigné par écrit et de la main de la victime, un récit qui prouve votre culpabilité.
Entre l’énoncé de son identité et sa mise en accusation, Georges n’a pas eu le temps de refermer la bouche. Il est statufié, incapable de réfléchir avec cohérence. Pas un instant il ne lui vient à l’esprit qu’il est effectivement coupable d’un acte criminel. Mais, des archives de sa mémoire surgissent, en vrac, des fragments d’images à la mesure d’un temps hors des normes : il revoit son mariage, brève cérémonie sans éclat ; Emy, chaque matin, morne et moite. Il revoit aussi le regard de son ancien patron, toujours un peu méprisant. Ses conquêtes faciles parce que les filles l’étaient aussi. Il évoque encore dans un futur indéterminé, des jurés indifférents et un verdict sans surprise,
Il n’a pas peur, il éprouve simplement une angoisse naïve quant à son avenir.
En surimpression à toutes ses images, il visualise l’instant ou, vieilli, amère, différent, il sortira de prison, ayant payé sa dette à la société.
Payé ! Mais pour quel crime ? Et dans combien de temps ? Ce sera peut-être un matin triste de novembre, froid et pluvieux. Cependant ce jour-là, quelque part, n’importe où, il y aura du soleil dans « son » ciel.
Réintégrant le présent, il regarde le commissaire et constate qu’à défaut de sympathie ou de compréhension cet homme-là, au moins, ne met ni haine ni passion dans l’accomplissement de sa tâche.
- En attendant nos collègues de la criminelle, je vais demander à mon collaborateur de rester près de la porte, pour la forme. Et je vais vous lire les extraits significatifs de ce journal intime. Vous comprendrez vite pourquoi nous avons été aussi rapides et pourquoi je suis convaincu de votre culpabilité. Asseyez-vous, ça va durer un bon moment.
Georges dégrafe enfin son manteau, pose sa serviette en cuir noir sur la table du salon et s’installe presque confortablement sur un fauteuil, usé par les années, en face du commissaire, lui-même à califourchon sur une chaise.

Je me nomme Emilienne Leurot, nous sommes le 14 septembre et je fête mes 28 ans aujourd’hui. Je demeure rue de la République, à Montrouge, avec mon mari, de deux ans mon aîné. Nous n’avons pas d’enfants. Georges, qui était représentant dans une entreprise de textiles, est au chômage depuis sept mois. Son caractère s’en ressent beaucoup.
J’ai toujours su qu’il me trompait (encore que ce terme soit inexact puisque c’est lui qui m’informe spontanément de ce qu’il nomme « des frasques sans importances ni lendemains »).
La plupart de ses conquêtes, lorsqu’il travaillait, étaient ses collègues, jeunes, jolies, libérées. Depuis qu’il est chômeur il prend ce qu’il trouve au hasard de ses balades. Je n’invente rien, je relate ce qu’il me confie.
Il prétend que, malgré les apparences, son amour pour moi est vrai et fort. Selon lui c’est uniquement notre entente physique qui laisse à désirer (façon de parler, bien entendu). Moi, pour ce qui es de « ça », je trouve que c’est plutôt réussi.. Mais peut-être que je me m’abuse ?
Georges n’est pas un mauvais mari : il manque de tact, de tendresse et de prévenances mais il ne me bat pas et ne m’insulte qu’avec des mots convenables. Lorsqu’il travaillait, il ne s’occupait pas de ce que je faisait de mes journées lorsqu’il était absent. Il ne s’occupait d’ailleurs pas non plus de mes nuits quant il était loin de moi toute une semaine. Le week-end il était si fatigué par les clients visités et les kilomètres parcourus qu’il avait besoin de rester seul pour faire son tiercé ou regarder un match à la télé. Bref, il me laissait tranquille.
Depuis qu’il ne voyage plus, il est tout autant fatigué et même plus. Il dit que cette fois ce n’est plus physique mais moral, et que c’est pire. Il a sans doute raison ?
Moi aussi je suis fatiguée : de manger mal, vite fait, n’importe quoi, souvent debout. Fatiguée de travailler comme une dingue pour entretenir notre intérieur et, en cachette de Georges d’aller faire quelques ménages, au noir bien sûr, afin de gagner un peu d’argent pour m’habiller décemment.
Oui, fatiguée de taire tout et ma rancœur avec. Pour ne rien dire de mon chagrin d’épouse et de ma dignité bafouée.
Je voulais être artiste de théâtre ! Mais je suis fille unique, née dans un milieu rural et pauvre où l’on va très jeune voir à l’usine comment ça se passe.
A 15 ans j’étais ouvrière à la chaîne. Mignonne sans doute ?
Une amie de travail (qu’est-elle devenue ?) me donnait ses revues de cinéma, après lecture et découpage des photos qui l’intéressaient. Je rêvais devant le solde du magazine.
A 17 ans j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai été voir le responsable d’une école qui forme les futures vedettes. Les prix m’ont remis la tête à l’endroit. Mon père est décédé u 25 décembre. J’avais 22 ans. J’ai quitté la maison presque tout de suite car l’entente avec ma mère est tout sauf cordiale.
Au mois de mars, mon envie de faire du théâtre m’a reprise,presque par surprise, alors que j’étais en train de faire des achats dans une grande surface.
Et je me suis immédiatement persuadée qu’avec un peu d’audace, en volant de temps à autre un objet de valeur et en le revendant à un copain, je parviendrais a récolter juste ce qu’il me fallait pour m’offrir des cours d’art dramatique,lesquels me permettraient, plus tard, d’accéder au rang d’actrice.
J’ai jeté mon dévolu sur un pc portable, pas très gros, pas très lourd, mais très cher. Il entrait parfaitement dans mon grand cabas. J’ai fait dix pas, une main s’est posée sur mon bras gauche et un monsieur plutôt gentil m’a dit : -Venez avec moi, j’ai quelque chose à vous dire.
J’aurais dû me faire humble, toute petite. Non ! J’ai gueulé, insulté cet homme et, dans le petit bureau où il m’a emmenée, j’ai refusé d’ouvrir mon sac. Pourtant, à cet instant, tout aurait encore pu s’arranger facilement. Mais, à cause de ma trouille les choses on vraiment failli mal tourner et le monsieur a téléphoné à la police.
Ils ont pris mes empreinte, j’ai restitué le portable et signé un papier où je reconnaissais mon forfait. J’ai payé l’amende et je ne suis plus jamais retournée dans ce magasin.
Cette histoire je ne l’ai jamais racontée à Georges. Georges contre qui j’ai buté en sortant du commissariat.
Nous nous sommes regardés, j’avais les yeux rougis et, en contre-jour, je l’ai trouvé beau.
A la vérité il était – et est resté – très quelconque.
Il n’a pas dit grand-chose, juste : - Venez, je vous offre un verre ? au bistrot, pour faire diversion, je lui ai dit que je venais de rompre parce que mon « ami » me volait depuis longtemps. A tel point que je venais de déposer plainte. Je ne saurai jamais s’il a cru ce mensonge.
Nous nous sommes mariés 10 mois plus tard, le 8 octobre, sans tambour ni trompette.


Avant de tourner la page le commissaire Debrot s’interrompt et demande à Georges Leurot : - vous avez quelque chose à dire ou a préciser ?? Non, fait Georges de la tête.
Bien dit Debrot, je continus donc. Mais je vais tout de suite à l’essentiel pour en arriver sans transition à l’époque qui vous intéresse particulièrement.

4 mars
J’en ai marre, marre, MARRE ! Je ne sais plus si j’ai mal partout ou simplement mal à l’âme ? Cela fait bientôt que Georges est au chômage et nos rapports se sont considérablement dégradés. J’écris pour me libérer, mais c’est sans effet.

6 mars
J’ai pris une grande décision : je vais, enfin jouer le grand rôle de ma vie. Un rôle de composition. Je vais me l’offrir ce plaisir d’être quelques heures, de temps en temps, une autre. Une femme que l’on regarde dont on a envie et, pourquoi pas, que l’on aime. Je vais sortir de ma peau d’épouse bafouée autant qu’ignorée, voire d’amante qualifiée de maladroite.
Pour Georges, je vais tout raconter à ce cahier, pour qu’il sache et comprenne – enfin – tout. On ne sait jamais !

1er mai
Cette fois, tout est en place. Je connais mes répliques par cœur, mon maquillage est au point (grâce à Jasmine, une copine esthéticienne qui m’a appris les trucs de son métier) et ma garde-robe est élégante. J’ai fait des essais. Ici, dans mon quartier, personne ne m’a reconnue. De châtain clair que je suis naturellement, j’ai passé au brun presque noir. Mes cheveux courts me permettent de porter une perruque de cheveux noirs avex aisance. Des lentilles foncées changent la couleur de mes yeux autant que l’expression de mon regard.
J’ai lu des manuels vulgarisé, écrits par des sexologues et j’ai osé regarder des photos très suggestives, publiées dans des revues spécialisées. Pour les gestes et les attitudes, il y a deux mois que je m’exerce devant le miroir, J’enregistre mes textes et mes intonations. Pas facile de changer de voix, mais ça devrait aller.
Des éclairages savants me dissimuleront un peu aux yeux du visiteur et tout ira bien car je le veux intensément.

12 juillet
Le plus difficile fut de provoquer la rencontre. Mais je savais qu’il suffirait d’un sourire pour éveiller la curiosité et la convoitise du personnage que j’avais choisi pour cible !
J’ignore à quoi pouvait ressembler mon rictus qui se voulait aguichant mais je sais qu’à l’intérieur, dans ma poitrine ça faisait du bruit et, surtout, mal, très mal. Heureusement, en me fixant sur les battements de mon cœur, je suis parvenue à ne pas paniquer.
L’homme répondit immédiatement à mon avance. Sans rien d’autre dans le regard qu’une sorte d’émerveillement. Le désir, déjà !
On est en droit de croire que c’est facile de se donner à l’individu de son choix. Eh bien, pas du tout, ce ne fut pas le cas pour moi.
Pourtant ma gêne a été de courte durée parce que hier, dans les bras d’un amant plein de délicatesse et de savoir-faire, j’ai vraiment découvert le bonheur physique. Il faut avouer aussi que, derrière ma nouvelle identité, j’avais tout le loisir de laisser librement s’exprimer ma sexualité. Mon ego était comblé. Et j’étais ravie de vivre cette histoire, la mienne, inventée pour mon seul plaisir.
Je m’était affublée d’un prénom dont je raffole : Laura (et comme ça, j’en avait fini avec « Le jeu des mille euros »). Je prétendis être la fille d’une grecque et d’un français. L’appartement dans lequel j’évoluais prouvait, si besoin était que mes ressources financières étaient importantes. D’ailleurs, pour parfaire mon personnage, je m’étais inventé un mari, vieux et riche, presque toujours à l’étranger pour ses affaires qui se situaient entre l’immobilier et les transactions boursières. Vague mais crédible.
L’homme qui me tenait dans ses bras affirmait quant à lui être avocat, marié à une femme laide( !) et malade dont il ne voulait pas divorcer à cause des enfants.
Quel moment exquis nous avons passé.
J’ai exigé qu’il parte tôt, avant 17 heures car il me fallait tout remettre en ordre et être à la maison avant le retour de Georges qui rentrait toujours pour les informations de20 heure sur TF1.
J’ai dû insister, prétextant le retour imminent d’une domestique.

Maintenant, je dois aussi raconter comment m’est venue l’idée de profiter de ce logement vaste et somptueux pour vivre les plus fous et, je l’espère pour l’avenir, les plus merveilleux instants de toute ma vie.
A bout de nerfs, au bord de la dépression, lasse de la vie jusqu’à l’écoeurement, j’avais été consulter une soi-disant voyante, veuve d’un ancien camarade de travail, ceci dans l’espoir qu’elle me prédise un peu de joie pour bientôt.
La brave femme. Constatant que j’avais plus besoin d’un bon conseil que d’une prédiction stérile m’avait sagement conseillé de travailler un peu (elle ignorait mes activités « au noir ») pour échapper à la monotonie de mon quotidien, dont je lui avait fait le récit et à la médiocrité de ma vie. Elle m’apprit qu’elle-même allait bientôt reprendre une loge de concierge à l’Ile St-Louis, dans un immeuble rénové, de très bon standing et qu’elle savait, de source sûre, qu’un notaire de province, absent le plus souvent, cherchait quelqu’un de confiance pour entretenir son appartement durant ses absences fréquentes.
Il était, paraît-il célibataire et peu exigeant. Malgré mes journées très occupées, la proposition d’ajouter cette charge m’enchanta.
Le notaire était loin de Paris lorsque je me présentais et c’est sa sœur, après un bref entretien, qui m’engagea immédiatement. Elle me remis un trousseau de clés et une enveloppe contenant le salaire du premier mois. Je bénéficiais, en outre, d’une totale liberté pour organiser mon travail.


A cet endroit de la narration, le commissaire Debrot referme le cahier orange, regarde autour de lui comme s’il cherchait l’inspiration et reprend le récit qu’il connaît presque par cœur, mêlant la réalité du texte et les suppositions personnelles.

- Laura, puisque en l’occurrence c’est le prénom que vous connaissez, se trouve très vite prise à son propre jeu. Au fil du temps elle se rend compte que les sentiments qu’elle éprouve pour l’homme sur lequel elle a jeté son dévolu se transforme et devient tout à la fois très tendre et passionné.
De plus, phénomène nouveau pour elle, elle fait connaissance avec les affres de la jalousie. De ce fait, elle supporte de moins en moins facilement l’idée que son amant la quitte en fin d’après-midi pour retrouver son épouse légitime.
Par parenthèses, d’après son récit, on situe très bien à quel moment l’esprit de Laura a basculé dans la démence, victime de schizophrénie.
Je poursuis : un jour elle décide que cet homme elle le gardera pour elle, rien que pour elle. Elle lui demande alors de quitter sa famille, sa situation, et de renoncer à sa vie loin d’elle.
Mais il n’ose pas lui opposer un refus net et définitif, il invente des excuses floues et prétexte mille choses pour remettre sa décision faisant valoir, en particulier, l’importance au foyer pour des enfants encore mineurs.
Laura toutefois s’obstine. Bientôt leurs relations se dégradent. Le seul lien qui retient encore les amants est exclusivement charnel. Parfois même, depuis quelques semaines, Laura attend « son homme » pour rien. Elle ne pleure pas mais apprends la haine, en silence. En elle naît le besoin de faire du mal, de nuire, de détruire cet être qui ne veut pas d’elle. Souvent maintenant, après leurs ébats amoureux, ce n’est plus le wishky, la musique douce, le bonheur de vivre et d’être ensemble, mais des scènes odieuses, de plus en plus pénibles.
Laura, malgré tout, insiste ; elle s’obstine dans sa quête, répétant comme une litanie : - Quitte-là, vivons notre amour, partons loin, où tu voudras. Je suis riche, je t’aime. J’ai tout de qu’il faut pour deux, pour être heureux à deux.
Pour lui, ces rencontres deviennent un supplice auquel il ne peut toutefois pas se soustraire car, avec Laura, il connaît l’asservissement physique. C’est du moins ce qui semble le plus logique, donc le plus probable.
Il y a même gros a parier que, pour une fois, l’homme n’a rien raconté de cette aventure chez lui.
C’est là, chez lui, qu’il se sent vraiment bien, rassuré, valorisé et compris réellement. Il ne pense à Laura qu’au réveil, Laura l’extravagante qui lui fait de plus en plus peur. Car ses colères deviennent insupportables, abjectes.
Un jour – aujourd’hui Monsieur Leurot - alors que Laura procède à sa toilette, nue devant le lavabo de la salle de bains, son amant à bout de résistance, s’approche. Dans le miroir embué il voit le visage de sa maîtresse, trouble et mal défini. Il voit aussi sa nuque, offerte, bien nette. Il est juste derrière elle, très près d’elle… Il se dit alors qu’en tombant, si cette nuque frappe le rebord du marbre, la femme sera anéantie ; qu’après il n’y aura plus de Laura, plus de problème, plus de peur.
Dans la salle de bains nous avons trouvé le corps de Laura, le crâne fracassé, mais pas comme prévu. Il y avait de l’eau partout, du sang encore presque chaud et la morte, les yeux fixés quelque part, très haut. Des yeux qui ne regardaient plus rien. Sur un petit tabouret, à côté du corps nu, il y avait un sac à main et un cahier orange.
C’est la concierge qui a découvert le crime et informé la police. Elle montait chaque après-midi, après le départ du visiteur, dès que Laura l’informait que la voie était libre. Elle venait boire un café, bavarder un moment et parler de tout pour ne rien dire. En voyant partir l’homme elle avait pris les devants et sans attendre, grimpé les étages.
- Voilà Monsieur Leurot, ce que je vous ai relaté est le résumé du contenu de ce journal, scrupuleusement tenu à jour par votre épouse puisque, vous l’avez sans doute compris, Laura et elle ne faisait qu’une, ce que l’expertise graphologique ratifiera facilement.
En définitive, c’est vous qui avez été dupé. Vous n’avez trompé Madame Leurot qu’avec elle-même, du moins en ce qui concerne cette dernière liaison. Quant à elle je présume que, très vite, elle a été victime d’un dédoublement de la personnalité. Et c’est probablement ce qui a été à l’origine du drame. En devenant Laura elle avait détruit tout ce qu’elle haïssait en elle : plus de trace de son larcin passé. A ce propos nous possédons ces empreintes. A défaut de cahier orange elles nous auraient très vite conduit jusqu¨à vous. Bref, plus de souvenirs d’usine, plus de mari infidèle au chômage, plus de demi-pauvreté. Mais c’était oublier sa fragilité psychique.
Emilienne Leurot a joué et perdu ! Vous aussi.
Maintenant, d’homme à homme, de vous à moi, dites-moi pourquoi vous avez refusé de quitter votre épouse ? Pourquoi vous avez renoncé à la vie facile, au mirage proposé par Laura ? Oui, pourquoi puisque vous ignoriez être le jouet d’une tromperie autant que d’une illusion ?
Certes, vous n’avez pas encore reconnu être l’auteur de ce meurtre, mais vos aveux ne m’intéressent pas, gardez-les pour le juge d’instruction et vos explications pour l’avocat qui se chargera de vous défendre.
Ce que je veux savoir, c’est le pourquoi de votre geste et, par curiosité professionnelle, le comment ?
Georges esquisse un timide sourire, il prend conscience d’avoir, pour la première fois de sa vie, un peu d’importance, d’être pris en considération.
- Un journal intime ne reflète qu’un des aspects d’une vérité. En effet, dans celui d’Emy – c’est le diminutif que j’utilise…. Utilisais avec ma femme – il n’est, apparemment, jamais fait mention de mon enfance sans tendresse, de mes études ratées et de mes échecs amoureux et professionnels. De mes premières années d’adulte quand, paumé et timide, je me contentais d’imaginer mes exploits futurs. Service militaire sans histoire et prostituées sans tendresse, voilà ma vie de jeune homme. Emy était au courant de ma médiocrité et elle l’avait acceptée, du moins le croyais-je. Mon drame, ce n’est pas d’être un minable, c’es de le savoir ! Mais qu’importe après tout, ça n’a plus du tout d’importance. Oui, j’ai tué Laura (ou Emilienne ?). Je l’ai fait pour retrouver un semblant de bonheur auprès de ma femme. Car avec Emy, pour Emy, j’étais un héros, enfin presque ! Dans les bras de Laura, en revanche, je n’étais qu’un pantin, incapable d’assouvir ses exigences hystériques. Avec Emy il m’était facile d’oublier mon insignifiance. Laura me remettait constamment en face de ma réalité. En résumé, j’ai connu avec Emy ce qu’elle-même a éprouvé dans le rôle de Laura.
Monsieur Jekyll et Madame Hyde.
D’autre part, je n’étais pas à la hauteur du personnage que je devais assumer, que ce soit intellectuellement ou, surtout, financièrement. Fleurs, parfums etc. me coûtaient cher. Et je n’ai qu’une indemnité de chômeur.
Pour ce qui est de la manière dont je m’y suis pris, oh, presque simplement : j’étais derrière elle, ainsi que vous l’avez parfaitement supposé. Mais ce n’est pas sa nuque, c’est sa tempe droite que je regardais. Je me suis approché d’elle, probablement en souriant, puis je me suis baissé comme si je voulais ramasser quelque chose et, très vite, de mes deux mains en tenailles, je lui ai enserré les chevilles et j’ai tiré d’un coup sec, en prenant bien soin d’imprimer é son corps un léger mouvement de rotation, afin qu’elle tombe comme je l’avais prévu, sur cette tempe qui me fascinait.
Après ? Je ne sais pas. Je suis revenu dans la chambre pour me vêtir, j’ai effacé les empreintes sur les meubles et lavé les verres. J’ai regardé partout pour ne rien oublier de compromettant et je suis sorti en faisant le moins de bruit possible.
J’avais été dragué par ma propre épouse et je venais de la tuer parce que je voulais la retrouver. Il y a de quoi en faire un film !
Une fois dehors j’ai eu besoin de marcher, de mettre de la distance entre moi et l’appartement de Laura que je détestais. J’avais l’impression que l’éloignement effacerait ce qui venait de se passer là-bas, dans la trop belle demeure de l’Ile St-Louis.

Un coup de sonnette annonce l’arrivée des fonctionnaires qu Quai. Debrot se lève et demande à Georges Leurot de préparer un minimum d’effets. Un policier l’accompagne jusqu’à sa chambre.
Lorsqu’il revient dans le salon Georges voit le commissaire debout qui, pour patienter, consulte attentivement le Télé7 Jours. Ce soir Leurot ne regardera pas, comme il se l’était promis, l’excellent film policier programmé en début de soirée. Ce sera…. Pour une autre fois !

Il est 19 heures, il fait nuit. Dans trois semaine le printemps s’affichera au calendrier.

Copyright: Huguette-Djinny Tire


Dernière édition par Djinny le Ven 15 Juin 2007 - 18:22; édité 3 fois
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MessagePosté le: Sam 24 Fév 2007 - 22:05    Sujet du message: Publicité

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Eilahtan
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MessagePosté le: Sam 24 Fév 2007 - 22:25    Sujet du message: Récit inédit Répondre en citant

Bonjour Huguette,

Je vais l'imprimer et le lire attentivement...

Positif

Cool

merci Bisous 2
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Nathalie



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Marie-France
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MessagePosté le: Dim 25 Fév 2007 - 08:56    Sujet du message: Récit inédit Répondre en citant

J'adore ton style Huguette Positif

Encore ... Encore... Encore !!!
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Bernard
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MessagePosté le: Dim 25 Fév 2007 - 09:29    Sujet du message: Récit inédit Répondre en citant

Bravo Bravo Bravo

C'est passionnant. Tu peux encore en mettre, j'adore Positif

Bisou 4
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J'ai été enfant de choeur et militant socialiste. C'est dire si j'en ai entendu des conneries... (Michel Audiard)
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Djinny
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MessagePosté le: Dim 25 Fév 2007 - 09:43    Sujet du message: Récit inédit Répondre en citant

Fleur Merci, vous êtes des amours! Fleur
Oui, je dois en avoir encore un ou deux.

envoi bisous
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Eilahtan
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MessagePosté le: Dim 25 Fév 2007 - 10:12    Sujet du message: Récit inédit Répondre en citant

merci Huguette merci ça me plait énormément Positif Cool
pour toi ces fleurs

Bouquet 1 Bouquet3 Bouquet 1

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Nathalie



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MessagePosté le: Dim 25 Fév 2007 - 11:32    Sujet du message: Récit inédit Répondre en citant

J'ai adoré, Huguette !! C'est vraiment très bien écrit, vivement la suite Bisou

Bouquet 1 Fleur 5 Bouquet 1
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Vous aimez lire ou écrire, ou peut-être les deux ?! Alors venez jeter un coup d'oeil...
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Achille
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MessagePosté le: Dim 25 Fév 2007 - 12:06    Sujet du message: Récit inédit Répondre en citant

Merci Huguette pour cette nouvelle.
J'ai pris beaucoup de plaisir à la lire...
Fleur 5

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Bye byeSautPaulSaut Bye bye France

Au pays des cyclopes, les borgnes sont aveugles ! (proverbe détourné..)

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MessagePosté le: Dim 25 Fév 2007 - 23:00    Sujet du message: Récit inédit Répondre en citant

Je viens juste de finir cette lecture passionnante !
Merci Huguette pour ce bon moment.

Fleur 1 Fleur 3 Fleur 1

J'attends avec impatience une autre nouvelle,
ou tout ce que tu voudras bien partager avec nous ...

Après Agatha Christie ... Huguette Djinny Positif

Bisou 4

Christiane
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Djinny
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MessagePosté le: Dim 25 Fév 2007 - 23:06    Sujet du message: Récit inédit Répondre en citant

Désolé Arrêtez, vous me faites Désolé

Huguette


Dernière édition par Djinny le Ven 15 Juin 2007 - 18:23; édité 1 fois
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MessagePosté le: Ven 2 Mar 2007 - 14:36    Sujet du message: Récit inédit Répondre en citant

Bravo Huguette je viens de découvrir ta nouvelle et j'ai beaucoup aimé,il y as du Simenon derriere Bravo Merci
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MessagePosté le: Dim 2 Sep 2007 - 20:58    Sujet du message: Récit inédit Répondre en citant

continue c'est super j'attends une NOUVELLE nouvelle
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"écrire proprement dans sa langue est une des formes de patriotisme"
Lucie Delarue Mardrus
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 12:20    Sujet du message: Récit inédit

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