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1914 - 1918 Les origines de la Grande Guerre

 
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Eilahtan
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MessagePosté le: Dim 9 Nov 2008 - 18:36    Sujet du message: 1914 - 1918 Les origines de la Grande Guerre Répondre en citant

Au terme d'un siècle de paix relative et de très grande expansion, l'Europe rayonne sur le monde entier comme aucun autre empire dans les temps passés. Avec environ 450 millions d'habitants, elle rassemble le quart de la population mondiale et constitue de très loin le continent le plus moderne et le plus riche.

Malgré tous ces motifs de satisfaction, elle apparaît extrêmement nerveuse au début du XXe siècle...


Une guerre évitable ?


L'Europe à la veille de la Grande Guerre


Cette carte montre l'Europe en 1914.
On note la très nette diminution du nombre d'États, en comparaison des siècles antérieurs (1648). Deux empires à dominante germanique et par ailleurs alliés, l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie, occupent le cœur du continent. Ils seront l'âme du conflit à venir.
Première constatation : à la fin du XIXe siècle, la carte politique de l'Europe apparaît plus homogène que jamais. Les myriades de petits États italiens et allemands ont disparu et à leur place sont apparus quelques nouveaux États issus de la décomposition de l'empire turc : Serbie, Roumanie, Bulgarie, Grèce, Albanie, Monténégro.

L'Europe centrale est dominée par trois États majeurs :
1) le royaume d'Italie, unifié depuis peu et qui continue de s'interroger sur lui-même,
2) l' empire austro-hongrois, prospère mais vermoulu, où un vieil empereur, François-Joseph 1er, tente de contenir les revendications nationalistes des populations slaves, roumaines et italiennes,
3) l' empire allemand, prospère et solidement organisé autour de la Prusse, avec un empereur, Guillaume II, qui rêve d'un destin mondial et dont le plus grand désir est de concurrencer les Britanniques sur les mers.

En 1914, ces trois États constituent la Triple-Alliance ouTriplice. Ils sont liés par une alliance défensive pour des raisons conjoncturelles et se promettent assistance en cas d'attaque de l'un ou de l'autre. L'empire turc est proche de la Triplice et les conseillers allemands exercent une très forte influence auprès du gouvernement.

La République française entretient des rapports tendus avec l'Allemagne depuis sa défaite de 1870-1871 et cultive envers l'Autriche une méfiance qui remonte... à la rivalité entre Charles Quint et François 1er. C'est pourquoi elle a constitué avec le Royaume-Uni et le tsar de Russie une autre alliance défensive : la Triple-Entente.



Tensions bellicistes

Les deux grands systèmes d'alliance européens, Triplice et Triple-Entente, recouvrent des intérêts contradictoires.

– La France :

La France revendique l'Alsace et le nord de la Lorraine, annexées par l'Allemagne en 1871. Au début du XXe siècle, ces revendications sur l'Alsace et le nord de la Lorraine passent au second plan mais elles sont supplantées par des rivalités coloniales.

En 1905, puis en 1911, la France et l'Allemagne, qui reluquent l'une et l'autre le Maroc, sont au bord de la guerre. La France rivalise aussi en Afrique noire avec l'Angleterre, dont la sépare une animosité pluriséculaire. Les républicains français sont par ailleurs quelque peu gênés par leur alliance avec l'autocratie russe, destinée à intimider l'Allemagne.

– La Russie :

La Russie du tsar Nicolas II, découragée dans ses tentatives d'expansion en Extrême-Orient par sa défaite face au Japon et minée par les mouvements révolutionnaires, cherche une revanche en Europe. Le tsar rêve de refaire l'unité du pays autour du trône à la faveur d'une guerre de conquête dans les Balkans, au détriment de l'empire ottoman. Il voudrait mettre la main sur Istamboul, l'ancienne Constantinople, métropole religieuse du christianisme orthodoxe.

– L'Autriche-Hongrie :

L'Autriche-Hongrie craint que l'expansionnisme russe n'entraîne un soulèvement de ses minorités slaves, qui lui serait fatal. Profitant de l'affaiblissement de la Russie, le baron d'Aerenthal, ministre-président d'Autriche-Hongrie, convainc l'empereur François-Joseph 1er d'annexer le 5 octobre 1908 la Bosnie-Herzégovine, une province turque qui lui avait été confiée 30 ans plus tôt, lors de la conférence de Berlin. La veille, à l'instigation de Vienne, Ferdinand de Bulgarie avait proclamé l'indépendance pleine et entière de sa principauté, que la même conférence avait laissée à la Turquie.

Ces violations unilatérales du traité de Berlin provoquent un regain d'agitation dans les Balkans. La Russie soutient la Serbie dans ses revendications et ne consent à s'apaiser que face à la ferme intervention du chancelier allemand, le prince Bernhard von Bülow.

– L'Allemagne :

L'Allemagne cultive une solidarité pangermanique avec l'Autriche de l'empereur François-Joseph 1er. Elle veut surtout éviter son éclatement qui déstabiliserait l'Europe centrale.

Guillaume II, petit-fils de la reine d'Angleterre Victoria, impulsif et quelque peu déséquilibré, aspire par ailleurs à un rôle mondial. Il accroît tambour battant sa flotte de guerre et entraîne le Royaume-Uni dans une périlleuse course aux armements navals.


– Le Royaume-Uni :

Londres se donne un objectif pour maintenir sa suprématie sur les mers, le «Two powers standard» : la Navy et ses Dreadnoughts (cuirassés) doivent peser autant ou plus que les flottes des deux puissances suivantes ! Aussi longtemps qu'est maintenu cet objectif, Londres se désintéresse des affaires du Continent. C'est encore le cas en 1913 : les Britanniques conservent la suprématie avec 63 bateaux de ligne en mer et 15 en chantier, ainsi que 42 cuirassés et même 70 sous-marins ; l'Allemagne n'en dispose respectivement que de 33, 8, 13 et 23.


– L'Italie :

L'Italie prône l'égoïsme sacré. Elle cultive quelques revendications du côté de la France (Nice et la Savoie, la Tunisie,...). Mais ses principales revendications concernent des provinces de l'Adriatique et des Alpes qui appartiennent à l'Autriche-Hongrie, de sorte que son engagement au sein de la Triplice manque pour le moins de sincérité.

– L'empire ottoman :

Qualifié d'«homme malade de l'Europe», l'empire ottoman ne pèse pas lourd sur la scène européenne. Mais ses dernières possessions balkaniques font saliver les grandes puissances (l'Autriche-Hongrie et la Russie) ainsi que les jeunes États voisins (Serbie, Bulgarie, Grèce,...). En juillet 1908, excédés par les humiliations que supporte le sultan, les «Jeunes-Turcs» prennent le pouvoir à Istamboul mais n'arrivent guère à enrayer le déclin de l'empire.

Mais en 1911, l'Italie enlève à la Turquie la Libye. Le 18 octobre 1912, une première guerre balkanique voit les Bulgares arriver aux portes d'Istamboul et débouche sur la reconnaissance d'une Albanie indépendante. L'année suivante, une seconde guerre balkanique permet aux Turcs de récupérer la ville d'Andrinople. Mais le gouvernement nationaliste des «Jeunes-Turcs» n'en est pas moins discrédité. Il est incapable d'empêcher la déliquescence de l'empire


Montée des menaces


Jusqu'à la veille de la Grande Guerre, les peuples européens vivent dans une apparente harmonie et savourent la paix. C'est la «Belle époque»... Cet optimisme est justifié car, objectivement, il n'existe en Europe à cette époque-là aucune raison majeure de conflit !

Mais dans les élites et au niveau gouvernemental, chacun soupçonne son voisin de vouloir l'agresser ! Dès les années 1880, les grandes puissances européennes se tiennent les unes les autres en respect, comme des cow-boys prêts à dégainer. La guerre générale menace à plusieurs reprises, du «coup d'Agadir» (1er juillet 1911) à l'annexion unilatérale de la Bosnie-Herzégovine (5 octobre 1908).

En janvier 1913, le Reichstag allemand discute d'une loi qui préconise l'accroissement des effectifs militaires et l'amélioration du matériel. L'état-major français prend prétexte de cette menace nouvelle pour faire passer le service militaire obligatoire de deux à trois ans. La même année, la Belgique elle-même, quoique neutre, instaure le service militaire obligatoire. Il suffit bientôt d'une étincelle pour déclencher l'incendie.


Une responsabilité partagée


Après l'armistice de 1918, l'empereur Guillaume II et les Allemands seront accusés par les rédacteurs du traité de Versailles d'avoir été à l'origine du conflit en ayant encouragé l'Autriche-Hongrie à agresser la Serbie, le 5 juillet 1914. Dans les faits, il s'agit là d'une cause immédiate et subalterne. Toutes les puissances occidentales ont concouru au cours des décennies précédentes à la montée des tensions bellicistes...

La face sombre de l'Europe

L'historien Marc Ferro (La grande guerre 1914-1918) et le sociologue Emmanuel Todd (Le fou et le prolétaire) ont mis à jour les haines, les malaises psychiques et les appétits guerriers qui traversent toutes les bourgeoisies dans la génération qui précède la Grande Guerre.

Pour Marc Ferro, «loin d'avoir été subie, la guerre de 1914 à 1918 libéra des énergies. Elle fut accueillie avec enthousiasme par la majorité des hommes en âge de se battre», y compris en Angleterre où il n'y avait pas de conscription obligatoire et aux États-Unis, bien qu'avertis de la réalité des tranchées. «Plutôt la guerre que cette éternelle attente», lit-on dans une Enquête sur la jeunesse de 1913

Emmanuel Todd montre que le taux de suicide dans les classes «privilégiées» (enseignants, intellectuels, rentiers, petits entrepreneurs, politiciens et bien sûr militaires) était avant la Grande Guerre plus élevé que dans les classes populaires. Il y voit une anomalie et le signe d'un dérèglement social.

Le succès du darwinisme social est un symptôme du malaise. Ce système de pensée scientiste et antichrétien applique aux sociétés humaines la théorie de la sélection naturelle, de façon à justifier les massacres des guerres coloniales aussi bien que l'eugénisme et les guerres de conquête. Un autre symptôme, lié au précédent, est la naissance de l'antisémitisme moderne avec l'affaire Dreyfus. Un dernier symptôme enfin est la vague anarchiste meurtrière qui secoue l'Europe à la fin du XIXe siècle...

En France, les va-t-en-guerre appartiennent à la gauche républicaine, comme Georges Clemenceau, aussi bien qu'à la droite revancharde, comme Raymond Poincaré. Ils ont raison des sentiments pacifiques des classes populaires, a priori peu soucieuses de grande politique.

Les appels à la guerre se cachent jusque dans la littérature de gare. Après 1880, la montée rapide de l'instruction va de pair avec la diffusion de l'histoire nationale... et du nationalisme. Les ouvrages de science-fiction sur la future guerre se multiplient à partir de cette date charnière. Parue en 1879, l'anodine nouvelle de Jules Verne, Les Cinq Cents Millions de la bégum, met en scène un conflit sans merci entre les villes imaginaires de France-Ville et Stahlstadt. C'est un condensé de haine nationaliste (supériorité de la race latine sur la race germanique) et raciste (mépris absolu des coolies chinois et autres hommes de couleur).

Le doux Charles Péguy, défenseur d'Alfred Dreyfus et de la justice, y va de son couplet pour dénoncer les derniers pacifistes. En 1913, il écrit : «En temps de guerre, il n'y a qu'une politique et c'est la politique de la Convention Nationale. Mais il ne faut pas se dissimuler que la politique de la Convention Nationale, c'est Jaurès dans une charrette et un roulement de tambour pour couvrir cette grande voix». Un an plus tard, Jaurès est assassiné, des milliers d'ouvriers et de paysans se mobilisent avec résignation... et Péguy tombe au champ d'honneur.

– La face lumineuse de l'Europe

Gardons-nous du péché d'anachronisme qui consiste à ne voir que les indices précurseurs du drame en occultant les autres. L'Europe d'avant 1914 est aussi, par bien des aspects, une société souriante, débordant d'optimisme et de foi dans le progrès, où il est difficile d'imaginer le drame à venir. Ce n'est pas pour rien qu'elle a été qualifiée dans les années 1920, a posteriori, donc, de «Belle époque».

L'agitation de quelques nationalistes marginaux en Bohème ou encore en Irlande ne saurait occulter l'adhésion des peuples aux gouvernements établis, en particulier ceux de l'empereur François-Joseph 1er, de l'empereur Guillaume II et de la reine Victoria.

Passons sur les progrès techniques (apparition de l'aviation, du cinéma, de l'automobile, de la lumière électrique, du téléphone,...) et l'amélioration générale du niveau de vie en dépit de grandes poches de misère. Passons sur les avancées sociales, très réelles, dans l'Allemagne de Bismarck comme dans l'Angleterre de Gladstone. La publication par le pape Léon XIII de la célèbre encyclique sociale Rerum Novarum (15 mai 1891) atteste de ces nouvelles préoccupations sociales.

Dans le domaine des idées et de la culture, soulignons l'épanouissement de l'Art nouveau, un courant artistique pétri d'optimisme et de bonheur de vivre qui se diffuse avec succès dans toute l'Europe. La «Belle époque» voit aussi la renaissance des Jeux olympiques, rêve de concorde universelle autour du sport. Et l'on pourrait encore évoquer d'autres utopies généreuses comme la création de l'esperanto, langue à vocation universelle, par le docteur Zamenhoff.....

herodote.net
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Nathalie



La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui
Article IV - déclaration des droits de l'homme et du citoyen 1789
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MessagePosté le: Dim 9 Nov 2008 - 18:36    Sujet du message: Publicité

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