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Le 13 janvier 1898, Émile Zola publie une lettre ouverte au président de la République dans L'Aurore

 
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Eilahtan
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MessagePosté le: Mar 13 Jan 2009 - 16:22    Sujet du message: Le 13 janvier 1898, Émile Zola publie une lettre ouverte au président de la République dans L'Aurore Répondre en citant

Le 13 janvier 1898, Émile Zola publie une lettre ouverte au président de la République dans L'Aurore sous le titre «J'accuse».


Zola engage sa réputation et sa liberté







Dans ce texte virulent qui occupe la première page du quotidien, le célèbre écrivain dénonce les manigances qui entourent le procès du capitaine Alfred Dreyfus, accusé à tort d'espionnage, et l'acquittement par le conseil de guerre, trois jours plus tôt, du capitaine Esterhazy, le vrai coupable.

Il désigne nommément les coupables :
«J'accuse le lieutenant-colonel du Paty de Clam d'avoir été l'ouvrier diabolique de l'affaire[...]
J'accuse le général Mercier de s'être rendu complice, tout au moins par faiblesse d'esprit, d'une des plus grandes iniquités du siècle[...]
J'accuse enfin le premier Conseil de guerre d'avoir violé le droit en condamnant un accusé sur une pièce restée secrète[...]»

Emile Zola Ce faisant, Émile Zola, riche et comblé d'honneurs, prend sciemment à 48 ans le risque de se faire arrêter et condamner pour diffamation publique.

Son article fait d'emblée l'effet d'une bombe. Au Sénat, le sénateur dreyfusard Scheurer-Kestner perd la vice-présidence de l'assemblée. Et dès le lendemain a lieu une «pétition des intellectuels» en soutien de l'écrivain. Cette pétition est une première dans l'Histoire de France.

Zola reçoit par ailleurs le soutien empressé de Georges Clemenceau qui tient une chronique dans L'Aurore depuis que le scandale de Panamal'a exclu de la vie parlementaire.

Sincèrement indigné, le «tombeur de ministères», chef du mouvement radical, à l'extrême-gauche de l'échiquier politique, saisit l'occasion de faire sa rentrée politique en s'en prenant selon son habitude au gouvernement en place.

Le 23 février 1898, Émile Zola est traduit en cour d'assises et condamné à un an de prison. Mais l'affaire prend de l'ampleur et met l'opinion publique en ébullition.

Des écrivains comme Anatole France s'engagent vigoureusement aux côtés de Zola et Dreyfus. D'autres, comme Maurice Barrès, prennent la tête d'une croisade patriotique et, hélas, antisémite. Des israélites ou juifs sont pris à parti, des synagogues attaquées en métropole comme en Algérie, où les pogroms font de nombreuses victimes.


La vérité éclate au grand jour





En août, coup de théâtre ! Le colonel Henry, qui a décrypté le bordereau à l'origine de l'Affaire, met au jour un nouveau document, le billet «Alexandrine», qui aurait été adressé par l'attaché Panizzardi à son collègue Schwarzkoppen et accable Dreyfus. Mais un examen minutieux révèle des anomalies, notamment deux teintes différentes dans les quadrillés du billet qui attestent qu'il s'agit de deux lettres distinctes.

Le 30 août, le colonel Henry est convoqué par le ministre de la guerre, Godefroy Cavaignac, auquel il avoue avoir «arrangé les choses». Emprisonné au Mont-Valérien, le faussaire se suicide le lendemain dans sa cellule... grâce à la bienveillance de ses gardiens qui, contrairement aux usages, lui ont laissé de quoi se tuer (un rasoir). Devant le scandale, le ministre est contraint à la démission et son remplaçant, Dupuy, consent à la révision du procès de Dreyfus qui rentre enfin du bagne.

Dreyfus avec ses avocats Demange et Labori en 1899 Un procès se tient à Rennes dans une atmosphère houleuse. L'un des avocats du capitaine, Maître Labori, est blessé d'un coup de revolver.

Il s'ensuite de longues plaidoiries au cours desquelles les accusateurs de Dreyfus apparaissent en grand uniforme tandis que Picquart, qui a été chassé de l'armée, est astreint à s'habiller en civil !

Le 9 septembre 1899, la cour militaire reconnaît à nouveau Dreyfus coupable de haute trahison, mais le condamne seulement à dix ans de réclusion en raison de «circonstances atténuantes» (!). Forts de cette improbable victoire, les antidreyfusards jubilent.

Le président de la République Émile Loubet grâcie Dreyfus dès le 19 septembre mais l'ancien capitaine exige un acquittement complet : «le gouvernement de la République me rend la liberté. Elle n’est rien pour moi sans l’honneur».


Fort-Chabrol



Pour limiter les incidents à la veille du procès de Rennes, le gouvernement a fait arrêter dès le début du mois d'août 1899 quelques agitateurs nationalistes comme Déroulède, dirigeant de la Ligue des Patriotes.

Menacé également d'arrestation, Jules Guérin, chef de la Ligue antisémitique française (5.000 adhérents !) se barricade avec quelques acolytes au siège de son association, rue Chabrol, à Paris.

Le préfet de police Jules Lépine fait aussitôt cerner la rue et interdit de ravitailler les assiégés mais des sympathisants enfreignent les ordres et ravitaillent les trublions par les toits.

L'opinion publique s'amuse de ce «Fort-Chabrol»dérisoire. Le siège est finalement levé au bout de 38 jours et Jules Guérin bientôt condamné à dix ans de forteresse.

Vers l'apaisement


Georges Clemenceau, qui a été remis en selle par l'Affaire, fonde le premier parti politique français, le parti républicain radical, au congrès de Paris des 21-23 juin 1901 (auparavant, les élus se regroupaient par affinités mais ne s'appuyaient sur aucune structure solide).

L'émotion provoquée par l'Affaire concourt à la formation d'un bloc républicain et relance le principe d'une laïcisation complète de l'État, en latence depuis l'époque de Jules Ferry, vingt ans plus tôt. C'est ainsi que la loi de séparation des Églises et de l'État est enfin votée après d'ardents débats le 5 décembre 1905.

Enfin, le 12 juillet 1906, sous le gouvernement présidé par Ferdinand Sarrien, auquel participent Georges Clemenceau et Aristide Briand, l'Affaire trouve son épilogue avec un arrêt de la Cour de Cassation qui casse le jugement du 9 septembre 1899. Dreyfus est définitivement innocenté. Il est fait chevalier de la Légion d'honneur dans la cour de l'École militaire le 21 juillet 1906.

Ce héros malgré lui, qui a résisté avec une incroyable force morale à plusieurs années d'injustice, de bagne et d'acharnement judiciaire, est réintégré dans l'armée mais seulement avec le grade de chef d'escadron car ne sont pas prises en compte ses années passées au bagne dans la reconstitution de sa carrière. Atteint dans sa dignité, Dreyfus démissionne de l'armée. Il ne reprendra du service que pendant la Grande Guerre de 1914-1918 en qualité d'officier de réserve.

Quant à Picquart, que Clemenceau considère comme le véritable héros de l'Affaire car il a risqué sa carrière au nom de la justice et de l'honneur, il est promu au grade de général et devient tout bonnement ministre de la Guerre dans le gouvernement du «Tigre» (surnom de Clemenceau).

L'Affaire sera close avec le transfert des cendres de Zola au Panthéon le 4 juin 1908. À cette occasion, il se trouvera un illuminé pour tirer sur Dreyfus et le blesser au bras.


Dreyfus, les intellectuels et l'antisémitisme


Dès la parution de J'accuse (1898), la bourgeoisie parisienne se divise très violemment en deux camps.
– Les dreyfusards :

Les dreyfusards dénoncent l'injustice faite à Dreyfus et l'acquittement inique d'Esterhazy. Ils placent la justice et les droits de l'homme au-dessus de l'honneur militaire et de la raison d'État.

Parmi les dreyfusards, on trouve non seulement des hommes politiques mais aussi des écrivains de renom. C'est le moment où l'on commence à parler des «intellectuels», non sans une nuance de mépris.

Les intellectuels apparaissent comme les lointains héritiers des «philosophes» du XVIIIe siècle. Ils découvrent qu'ils peuvent, en se mobilisant, faire triompher une cause supérieure.

C'est ainsi que quelques-uns d'entre eux fondent le 4 juin 1898 la Ligue française pour la défense des droits de l'homme et du citoyen pour inscrire dans la durée leur combat en faveur de Dreyfus (la Ligue se montrera moins vigilante dans les années 30 en fermant les yeux sur les crimes du communisme).

Cette émergence des «intellectuels» dans le débat d'idées témoigne paradoxalement du moindre prestige de la littérature sous la IIIe République. Les écrivains exercent faute de mieux le «ministère de la parole»! Il n'est plus question pour eux d'intervenir dans la direction du pays comme, deux ou trois générations avant eux, Chateaubriand, Lamartine, Tocqueville et Hugo.
– Les antidreyfusards :

Dans le camp d'en face, les antidreyfusards considèrent qu'il vaut mieux condamner un innocent plutôt que d'admettre que la justice militaire ait pu se tromper.

À une époque où chacun, à droite comme à gauche, ne rêve que de revanche sur l'Allemagne et de «guerre régénératrice», tout affaiblissement de l'Armée fait figure à leurs yeux de haute trahison.

Par le fait que Dreyfus est issu d'une riche famille israélite, le camp antidreyfusard ne tarde pas à attiser un antisémitisme d'un genre nouveau, à la fois national et laïc. Les attaques antisémites viennent de la gauche sociale ; déjà échaudée par le scandale de Panama, celle-ci dénonce volontiers la «ploutocratie juive».

L'antisémitisme est par-dessus tout le fait de mouvances nationalistes et catholiques. «Que Dreyfus est capable de trahir, je le conclus de sa race», écrit l'historien nationaliste Maurice Barrès en 1902 dans son ouvrage majeur : Scènes et doctrines du nationalisme.

Malgré les appels à la modération du pape Léon XIII, beaucoup de catholiques français se déchaînent contre Dreyfus et les juifs à l'instigation des puissants journaux de la congrégation des Assomptionnistes, parmi lesquels le quotidien La Croix. Leur hargne accroît l'anticléricalisme des républicains... Le moment se rapproche où ces derniers feront voter la loi de séparation des Églises et de l'État... et dissoudre la congrégation des Assomptionnistes.

La droite traditionnelle, qui s'est détournée du monarchisme pacifique et débonnaire et s'est convertie au nationalisme revanchard et à l'antisémitisme, participe aussi à la curée.

Le journaliste Édouard Drumont illustre cette reconversion avec son ouvrage célèbre : La France juive (1886) dans lequel il développe, bien avant Hitler, le mythe de la supériorité des prétendus Aryens sur les autres races. En mai 1898, il est élu député par les habitants d'Alger, d'autant plus opposés à Dreyfus qu'ils n'ont pas digéré la naturalisation des juifs algériens en 1870.

En avril 1898, par ailleurs, deux militants antidreyfusards fondent un mouvement antiparlementaire et néanmoins républicain, l'Action française.

Rejoint par l'écrivain Charles Maurras qui publie en 1900 Enquête sur la monarchie, ce mouvement évolue vers le «nationalisme intégral» tout en préconisant une monarchie autoritaire. Il va jouer un grand rôle entre les deux guerres mondiales. -



herodote.net

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Nathalie



La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui
Article IV - déclaration des droits de l'homme et du citoyen 1789
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MessagePosté le: Mar 13 Jan 2009 - 16:22    Sujet du message: Publicité

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Bernard
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MessagePosté le: Mar 13 Jan 2009 - 16:40    Sujet du message: Le 13 janvier 1898, Émile Zola publie une lettre ouverte au président de la République dans L'Aurore Répondre en citant

Bravo Article intéressant. On sait maintenant d'où vient l'expression "fort chabrol"
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Bernard




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Dominique HEINE
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MessagePosté le: Dim 22 Fév 2009 - 17:04    Sujet du message: Le 13 janvier 1898, Émile Zola publie une lettre ouverte au président de la République dans L'Aurore Répondre en citant

Bravo Nat, Top très intéressant Bisou
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 23:57    Sujet du message: Le 13 janvier 1898, Émile Zola publie une lettre ouverte au président de la République dans L'Aurore

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