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1802 À l'univers entier...

 
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Eilahtan
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MessagePosté le: Lun 23 Fév 2009 - 18:01    Sujet du message: 1802 À l'univers entier... Répondre en citant

Le 10 mai 1802, le métis Louis Delgrès adresse à l'univers entier «le dernier cri de l'innocence et du désespoir». Par cette proclamation affichée sur les murs de Basse-Terre, en Guadeloupe, il lance un appel à la fraternité universelle, par-dessus les barrières de races.

À l'univers entier, le dernier cri de l'innocence et du désespoir


C'est dans les plus beaux jours d'un siècle à jamais célèbre par le triomphe des Lumières et de la Philosophie, qu'une classe d'infortunés qu'on veut anéantir, se voit obligée d'élever la voix vers la postérité, pour lui faire connaître, lorsqu'elle aura disparu, son innocence et ses malheurs. Victime de quelques individus altérés de sang qui ont osé tromper le gouvernement français, une foule de citoyens toujours fidèles à la Patrie, se voit enveloppée par une proscription méditée par l'auteur de tous ses maux.

Le Général Richepance, dont nous ne connaissons pas l'étendue des pouvoirs, puisqu'il ne s'annonce que comme général d'armée, ne nous a fait connaître son arrivée que par une proclamation, dont les expressions sont si bien mesurées que, alors même qu'il promet protection, il pourrait nous donner la mort sans s'écarter des termes dont il se sert. A ce style, nous avons reconnu l'influence du contre-amiral Lacrosse, qui nous a juré une haine éternelle. Oui, nous aimons à croire que le général Richepance, lui aussi, a été trompé par cet homme perfide qui sait employer également le poignard et la calomnie.

Quels sont les coups d'autorité dont on nous menace ? Veut-on diriger contre nous les baïonnettes de ces braves militaires, dont nous aimions à calculer le moment de l'arrivée et qui naguère ne les dirigeaient que contre les ennemis de la République ? Ah ! plutôt, si nous en croyons les coups d'autorité déjà frappés, au Fort de la Liberté, le système d'une mort lente dans les cachots continue à être suivi. Eh bien ! nous choisissons de mourir plus promptement.

Osons le dire : les maximes de la tyrannie la plus atroce sont surpassées aujourd'hui. Nos anciens tyrans permettaient à un maître d'affranchir son esclave, et tout nous annonce que, dans le siècle de la Philosophie, il existe des hommes, malheureusement trop puissants par leur éloignement de l'autorité dont ils émanent, qui ne veulent voir d'hommes noirs, ou tirant leur origine de cette couleur, que dans les fers de l'esclavage.

Et vous, premier Consul de la République, vous guerrier philosophique, de qui nous attendions la justice qui nous était due, pourquoi faut-il que nous ayons à déplorer notre éloignement du foyer d'où partent les conceptions sublimes que vous nous avez si souvent fait admirer ! Ah ! sans doute un jour vous connaîtrez notre innocence ; mais il sera plus temps, et des pervers auront déjà profité des calomnies qu'ils ont prodiguées contre nous pour consommer notre ruine.

Citoyens de la Guadeloupe, vous dont la différence de l'épiderme est un titre suffisant pour ne point craindre les vengeances dont on nous menace (à moins qu'on ne veuille vous faire un crime de n'avoir pas dirigé vos armes contre nous), vous avez entendu les motifs qui ont excité notre indignation.

La résistance à l'oppression est un droit naturel. La divinité même ne peut être offensée que nous défendions notre cause. Elle est celle de la Justice et de l'Humanité. Nous ne la souillerons pas par l'ombre même du crime.

Oui, nous sommes résolus de nous tenir sur une juste défensive, mais nous ne deviendrons jamais agresseurs. Pour vous, restez dans vos foyers ; ne craignez rien de notre part. Nous vous jurons solennellement de respecter vos femmes, vos enfants, vos propriétés et d'employer tous les moyens à les faire respecter par tous. Et toi, Postérité, accorde une larme à nos malheurs et nous mourrons satisfaits
.

Le Colonel d'Infanterie, commandant en chef de la force armée de la Basse Terre.



Hérodote.net
--------------------------------------------------------------
Nathalie



La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui
Article IV - déclaration des droits de l'homme et du citoyen 1789
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MessagePosté le: Lun 23 Fév 2009 - 18:01    Sujet du message: Publicité

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Eilahtan
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Inscrit le: 12 Fév 2007
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MessagePosté le: Lun 23 Fév 2009 - 18:20    Sujet du message: 1802 À l'univers entier... Répondre en citant

Un héros de la Révolution



Louis Delgrès, fils d'un planteur de la Martinique et d'une mulâtresse, sert dans les armées de la Révolution avec le grade de sergent dès 1791. Il se bat contre les Anglais lorsqu'ils envahissent la Martinique en 1794. Fait prisonnier, il est déporté en Grande-Bretagne.

À sa libération, il rejoint la Bretagne où il participe à la formation du bataillon des Antilles avec le grade de lieutenant. L'année suivante, il part avec son bataillon en Guadeloupe. Sa bravoure face aux Anglais, à Sainte-Lucie, lui vaut d'être nommé capitaine par le commissaire de la Convention.

À Saint-Vincent, en juin 1796, Louis Delgrès est à nouveau capturé par les Anglais et déporté en Grande-Bretagne. Libéré l'année suivante, il est promu commandant et chef de bataillon. Fin 1799, il revient en Guadeloupe tandis que Napoléon Bonaparte instaure le Consulat et clôt la Révolution. En janvier 1802, enfin, il obtient le grade de colonel.


Fin des espérances révolutionnaires


Pendant ce temps, sur le continent européen, la paix se prépare entre la France et ses ennemis, y compris l'Angleterre. Bonaparte profite de l'accalmie pour tenter de reconstituer l'empire colonial français des Amériques. En 1801, une puissante expédition part pour Saint-Domingue en vue de soumettre Toussaint Louverture. La même année, un nouveau gouverneur (ou capitaine-général) débarque à la Guadeloupe : le baron de Lacrosse.

Dans l'île s'opposent les planteurs qui ont émigré pendant la période révolutionnaire et les républicains qui ont repris leurs plantations et voudraient les garder. Parmi ces derniers figurent des métis. Lacrosse, pour calmer le jeu, essaie dans un premier temps d'éloigner les officiers de couleur de la garnison de Pointe-à-Pitre, capitale de la Guadeloupe.

La garnison s'insurge, arrête Lacrosse, l'expulse et met en place un conseil provisoire de six membres, présidé par Magloire Pelage, officier mulâtre le plus élevé en grade. Sans attendre, le conseil fait allégeance au Premier Consul mais celui-ci n'en a cure. Considérant l'île en rébellion, il y envoie une puissante flotte de 11 navires et 3.500 hommes sous les ordres du général Antoine Richepance, un héros de la bataille de Hohenlinden.



Ultime insurrection


Magloire Pelage se soumet au nouveau maître de l'île. Quant à Joseph Ignace et Louis Delgrès, autres officiers mulâtres, ils choisissent d'entrer en rébellion. Louis Delgrès soupçonne non sans raison le Premier Consul Bonaparte, qu'il admire par ailleurs, de vouloir rétablir l'esclavage huit ans après qu'il ait été aboli par le décret de Pluviôse.

Les rebelles, accompagnés de plusieurs centaines d'hommes, se réfugient dans le fort Saint-Charles, à Basse-Terre.
Ultime insurrection

Magloire Pelage se soumet au nouveau maître de l'île. Quant à Joseph Ignace et Louis Delgrès, autres officiers mulâtres, ils choisissent d'entrer en rébellion. Louis Delgrès soupçonne non sans raison le Premier Consul Bonaparte, qu'il admire par ailleurs, de vouloir rétablir l'esclavage huit ans après qu'il ait été aboli par le décret de Pluviôse.

Les rebelles, accompagnés de plusieurs centaines d'hommes, se réfugient dans le fort Saint-Charles, à Basse-Terre.





La position devient vite intenable. Joseph Ignace et 600 hommes évacuent le fort pour se poster aux environs de Pointe-à-Pitre, à la redoute de Baimbridge. Quant à Louis Delgrès, il se retranche avec 300 hommes à Matouba, sur les hauteurs de Basse-Terre, dans l'habitation Danglemont.

À Baimbridge, c'est l'hécatombe, Ignace, ses deux fils et tous leurs hommes sont tués par les troupes de Magloire Pelage. Le 28 mai 1802, c'est au tour de Delgrès de subir l'assaut. Après de terribles combats, le colonel, plutôt que de se rendre, choisit de se faire sauter avec ses compagnons survivants, non sans avoir fait évacuer au préalable les habitants de l'endroit, y compris les Blancs.

La répression est particulièrement sanglante. Elle n'épargne pas les femmes. Parmi elles, la mulâtresse Solitude, une jeune femme née 30 ans plus tôt du viol de sa mère sur le navire négrier qui l'amenait d'Afrique. Comme Solitude est enceinte au moment de sa capture, elle ne sera pendue, par une étrange mesure d'humanité, qu'au lendemain de son accouchement, soit le 29 novembre 1802. L'écrivain André Schwartz-Bart lui a rendu hommage dans un roman : La Mulâtresse Solitude (1972).

Au prix de nombreuses atrocités supplémentaires, Richepance reprend l'île aux insurgés. Enfin, le 17 juillet 1802, quelques semaines avant sa mort, il prive les travailleurs des plantations du droit à salaire et tous les hommes de couleur de la citoyenneté. C'est de fait le rétablissement de l'esclavage. Ce faisant, Richepance va plus loin que le décret du 20 mai 1802 qui prévoyait seulement son maintien là où il n'avait pas été aboli : dans l'océan Indien et «dans les colonies restituées à la France en exécution du traité d'Amiens» (la Martinique).

Le fort Saint-Charles est d'abord rebaptisé Richepance par un douteux hommage au chef de la répression. En 2002, il prend le nom de fort Delgrès. Après avoir beaucoup donné à la France et à la Révolution, le rebelle est devenu pour la Guadeloupe et la nation française un symbole de la résistance à l'esclavage.


Une blessure toujours saignante


Cette Terreur révolutionnaire et post-révolutionnaire va laisser des traces profondes à la Guadeloupe. Aujourd'hui encore, l'île souffre d'un retard économique et social par rapport à sa voisine, la Martinique, qui a conservé ses structures intactes. L'essentiel de l'économie guadeloupéenne glisse entre les mains des békés de Martinique. Tandis que celle-ci conserve encore aujourd'hui une forte empreinte européenne, la Guadeloupe, débarrassée par la Terreur de la plupart de ses Blancs, est aujourd'hui encore à 95% noire ou métisse.


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